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Pourquoi le mal ?

Pourquoi le mal ?

Prédication  ( Job 42/ 1-7)

Lectures annexes JOB 7/1-8 , 11-18 ; Job 40 / 6-8

 

Pourquoi le mal existe-t-il ? Pourquoi y a-t-il des maladies, des guerres, des misères en tout genre ? Ces paroles de Job sont profondément actuelles, résonnent terriblement à nos oreilles, avec un écho qui monte depuis l’Ukraine si proche et rappelle les heures sombres de l’histoire humaine.

C’est la question que pose Job, c’est la question qu’il se pose, c’est la question que doivent se poser tous les déplacés de la terre, tous ces innocents massacrés, torturés, blessés au nom d’intérêts censés les dépasser, mais qui au fond, restent souvent à la hauteur de pitoyables jeux d’enfants ivres de pouvoir ou de gloire. On en revient souvent à jeter aux orties ces bons vieux 6 derniers commandements :

Tu ne tueras pas.

Tu ne commettras pas d’adultère (ni de viols).

Tu ne voleras pas

Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain (je vous laisse choisir vos propres exemples).

Tu ne convoiteras pas la maison ou la femme de ton prochain

Tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain (ni ses terres, ni son pays, ni ses ressources, etc)

 

Job est un homme juste devant Dieu. Il est fidèle et pourtant, …

 

« Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Ce cri de Job exprime la souffrance, le désespoir d’un homme accablé par un travail trop pesant, une maladie incurable et qui ne voit aucune ouverture sinon la mort.

Job est un « Homme intègre et droit, il craignait Dieu et s’écartait du mal » (Job 1,1) nous dit l’auteur du livre. Job est accablé de malheurs. Il proteste contre l’injustice de son sort. Il a perdu toutes ses richesses. Ses enfants sont morts. Il est atteint d’une sorte de lèpre qui l’a obligé à s’installer hors de la ville sur un tas d’ordures. Sa femme le raille et le méprise et ses amis vont jusqu’à l’inciter à reconnaître que ses malheurs sont la conséquence de ses fautes.

Job s’insurge contre ce qu’il considère comme une injustice. Il refuse l’explication traditionnelle de son époque. Aujourd’hui, on aurait plutôt tendance à dire que de toute façon Dieu n’existe pas sinon il aurait réagi face au mal qui nous agresse.

 

Dans sa détresse Job décrit sa douleur en des termes qui expriment la condition de tant d’hommes broyés par la souffrance et le malheur, ce qui rend émouvants les versets retenus par la liturgie de ce dimanche.

La vie humaine est aussi pénible que la corvée de l’ouvrier, qui attend la fin du jour pour recevoir son salaire. Elle est comme le travail de l’esclave qui aspire à un peu d’ombre après avoir besogné toute la journée en plein soleil. Mais ce travail ne lui rapporte rien : « Depuis des mois je n’y ai gagné que du néant ! » Aux nuits de souffrances, succèdent les jours de douleurs sans répit.

La souffrance de Job est exemplaire. Mais dans le mauvais sens du mot. L’auteur de ce long poème a ramassé dans le personnage de Job toutes les douleurs du monde, tout ce qui se vit de mal dans le monde et de tous les temps. Avec ce pauvre hère, nous pouvons penser à toutes les douleurs possibles, proches et lointaines, celles qui nous atteignent personnellement et celles que d’autres doivent supporter :

–          douleur des endeuillés séparés de l’un de leurs proches et qui vivent un amour cassé, un trou béant dans leur existence ;

–          douleur d’un handicapé profond, qui ne peut pas mouvoir ses membres et qui dépend des autres pour tous les actes de la vie, au point de souhaiter mourir ;

–          douleur des torturés, qui subissent les pires sévices dans les chambres de torture, dans l’indifférence des gens de l’extérieur ;

–          douleur des enfants maltraités dans leur famille, violés par un de leurs proches ou vendus comme du bétail ; douleur des enfants esclaves, poussant de lourdes brouettes dans les mines ou s’échinant dans des ateliers sordides pour vêtir un monde gras qui fait semblant de ne rien voir ; la liste est longue.

 

Pourquoi ? Pourquoi ? La question se repose à chaque fois. Pour nous et pour les autres. Pourquoi ? Job n’obtient pas de réponse à sa question. Job ne donne pas de réponse à nos questions. Ni la Bible non plus, d’ailleurs. Nous aurons beau chercher, nous ne trouverons pas dans la Bible de réponse à nos “pourquoi ?”. La Bible n’explique pas l’origine du mal. Pourquoi n’y a-t-il pas de réponse ?

En y regardant de plus près, on notera que Job est un habitant de la ville de Outz, une ville située à l’Est de la mère morte, donc pas du tout sur le territoire d’Israël. Job est une sorte de bédouin, et dans le livre qui lui est consacré, on ne parle jamais de la Loi du Dieu d’Israël. C’est un Dieu créateur, mais pas le Dieu d’Israël, diraient certains… Cela expliquerait il pour autant le mal qui ravage Job ? Au fait, quel Dieu a créé les bédouins, le ciel, la terre et les hommes qui la peuplent ?

Je ne pense pas pouvoir y trouver la réponse à cette question.

 

Dieu est-il donc un sadique, qui fait ce qui lui plaît aux dépens des humains, à nos dépens ? Sommes-nous les jouets de ce Dieu-là, de la destinée qu’il nous impose ou de la fatalité ? L’Evangile est heureusement là pour corriger ce pessimisme accusateur.

 

Empêtré dans l’incohérence de nos désirs meurtris, angoissé par l’absurdité de notre sort, incapable de communiquer sur notre souffrance, nous pouvons nous tourner vers Dieu qui est censé avoir la clé de cette énigme.

 

Faute de trouver une solution acceptable, comme Job, nous avons le droit d’interpeller Dieu : Job veut que Dieu s’explique sur sa manière de gouverner le monde : « Qui me donnera quelqu’un qui m’écoute ? Voilà mon dernier mot. Au Puissant de répondre ! » (31,35)

 

Et Dieu lui répond…

 

Dès le début de l’évangile de Marc, Jésus va guérir des malades. Par exemple, le jour du chabbat, en sortant de la synagogue, il se rend au chevet de la belle-mère de Pierre couchée. Elle est malade, elle a la fièvre. Jésus ne se demande pas pourquoi elle est malade. Il n’en cherche pas la cause, il n’essaye pas d’expliquer. Il ne prodigue pas de consolations du genre : “Courage, demain ça ira mieux !”. Il ne demande pas : “Qu’as-tu fait pour être malade ?”. Non, il prend la main de cette femme, il la fait lever. Aussitôt, dit Marc, la fièvre la quitte et elle se met à servir Jésus et toute la compagnie. Les nouvelles de la guérison de cette femme fait le tour du village et le soir-même, des gens amènent leurs malades. Et tout au long de son ministère, Jésus soignera la terre que fouleront ses pas.

Jésus est l’instrument de Dieu. Avec la puissance de Dieu, il sauve des hommes et des femmes, il les débarrasse de leurs maladies et de leurs infirmités. Il les libère, il leur rend une vie normale. Jésus répare la création abîmée par le mal. Il est le collaborateur de Dieu pour cette remise en état du monde, pour cette lutte contre tout ce qui est mauvais, contre tout ce qui corrompt et empêche de vivre normalement.

 

Dieu mène autant de combats qu’il existe de formes du mal. La volonté de Dieu, c’est de faire cesser ce mal et de libérer la création, de lui rendre une vie normale et pleine. Encore maintenant, puisque son projet de libération n’est pas encore achevé, Dieu continue de combattre.

 

Alors Job se ravise, et nous avec lui. Il voit enfin.

Alors, problème du mal ? Pourquoi le mal ? Il n’y a pas de problème et la question est dépassée. Jésus ne raisonne pas sur le mal, il guérit les malades. Dieu ne raisonne pas sur les causes économico-socialo-ce-qu’on-voudra qui ont fait que les Hébreux se trouvent esclaves en Egypte. Il les délivre. La solution n’est pas dans le passé, mais dans l’avenir. Le problème à poser est de savoir comment on va combattre le mal, comment on va opérer des guérisons, comment on va entrer dans le plan libérateur de Dieu, comment on va devenir ses collaborateurs. Ce n’est plus nous qui posons la question à Dieu, c’est Dieu qui nous la pose.

 

Contribuer à la lutte contre le mal, c’est notre tâche de chrétiens. Par la prière, quand on ne peut que prier. Par des actes, si on en a la possibilité. Il existe mille moyens d’obliger le mal à reculer. Plutôt que de nous demander pourquoi le mal, demandons-nous comment nous pouvons entrer dans le projet de Dieu. Quand quelqu’un nous demande “Pourquoi le mal ?”, montrons-lui ce que des chrétiens font pour le combattre. Montrons-lui comment Dieu travaille dans le monde pour le guérir.

 

Dites-lui que Dieu n’est pas un Dieu de silence. Dieu ne se complaît pas dans les points d’interrogation qui restent sans suite, sans réponse. Mais Il n’est pas un Dieu de bavardage. Il est un Dieu de parole, et c’est bien, parce que c’est justement ce dont nous avons besoin ! C’était ce dont Job avait besoin sans le savoir, prisonnier de la détresse et du malheur, de la souffrance et de la mort, pris entre un Dieu réputé silencieux et des amis trop bavards qui voulaient l’éloigner de Dieu en prétendant qu’Il rétribuait au mérite ou alors restait muet. Non, Dieu nous parle chaque jour, et c’est de cette parole dont nous avons besoin, pour nous-mêmes et pour les autres ; nous avons besoin de parole reçue et de parole donnée, de mots porteurs de sens et de gestes d’amour, de mélodie qui font chanter nos existences plutôt que d’angoissante solitude devant nos écrans et l’absurdité de la guerre.

Vivons la parole de Dieu. Elle est présence vivante et agissante. Laissons-la opérer en nous, nous transformer pour que nous puissions à notre tour transformer le monde. En vérité, demain a plus besoin de gens qui vivent la Parole que d’ingénieur. Et vous savez pourquoi ? Parce que cette Parole est Dieu, et Dieu est et restera Amour. Voilà la vraie réponse !!

Amen.

 

Yves Madiba (6 mars)